13 – Inventaire des plantes vasculaires présente dans l’île de Ré


10€ TTC

Par A. TERRISSE, 112 pages, 1994

Ceci n’est pas une flore mais, comme l’indique le titre, l’inventaire des plantes vasculaires spontanées ou subspontanées que j’ai rencontrées au cours de mes promenades botaniques sur l’île de Ré, ces dernières années. Je n’ai pas jugé nécessaire de refaire à mon compte les descriptions que l’on peut trouver dans les flores classiques. Je me suis contenté de mettre l’accent, parfois, sur tel détail, morphologique ou écologique, qui me permet de distinguer la plante des espèces voisines. Il s’agit là, évidemment, de notations subjectives, mais qui, je l’espère, trouveront un écho dans l’expérience de mes confrères. C’est en effet une sorte de tradition qu’un botaniste qui a consacré des années à explorer une région, et pense commencer à la connaître assez bien, en fasse l’honneur, en quelque sorte, à ses confrères en visite. Ce fut le cas, lors de nos sessions de la S.B.C.O., – pour ne citer que des personnalités disparues – de Paul MARTIN pour la Provence et de Marcelle CONRAD pour la Corse; j’ai moi-même eu la chance, au moment où je faisais mes premiers pas en botanique, de bénéficier de l’expérience et des conseils ils d’É. CONTRÉ, qui a considérablement contribué à me faire connaître la flore du Centre-Ouest. La botanique de terrain est une pratique qui repose sur la tradition et exige de la lenteur et une longue patience. Mon ambition est que ce travail sur l’île de Ré représente ma contribution à cette mise en commun des connaissances botaniques.

Peut-être aussi les botanistes qui herboriseront sur Ré dans quelques dizaines d’années – espérons qu’il y en aura encore 1-, s’ils ont l’occasion de parcourir ces notes, y trouveront-ils le même intérêt que moi-même lorsque je relis les indications de Philéas ROUSSEAU datant du siècle dernier: pour approximatives qu’elles soient, elles n’en constituent pas moins un document relativement fiable pour étudier l’évolution de la végétation sur Ré au cours du siècle qui s’achève. Je souhaite que ce travail-ci puisse servir lui aussi, plus tard, de repère.
Si l’on excepte les habitations et leur environnement immédiat, on peut herboriser à peu près partout sur l’île de Ré. Il Y a cependant deux exceptions: les domaines clos, et en particulier les installations ostréicoles, qui interdisent parfois l’accès à d’assez grandes surfaces de marais ; les dunes protégées par des barbelés contre les intrusions piétonnes ou motorisées; dans ce deuxième cas, il n’est pas rare que des brèches aient été ouvertes dans la clôture; je me suis alors permis quelques incursions dans la zone en principe protégée, quand je pouvais le faire sans ajouter aux dégâts occasionnés par les piétinements antérieurs; il est possible néanmoins que la population de certaines espèces, qu’on rencontre exclusivement dans la dune fixée (comme Pancratium maritimum), aient été sous-estimées. Dans les zones agricoles, je n’ai pratiquement jamais rencontré de clôture en fil de fer barbelé: le bétail est rare sur l’île! Cependant les clôtures électriques ont fait récemment leur apparition; elles concernent essentiellement les champs où sont enfermés les chevaux destinés à l’équitation. Les terrains cultivés sont accessibles et il y a de nombreuses friches, en particulier dans la partie est, où le statut des terres n’est pas encore définitivement fixé, la procédure de remembrement ayant été interrompue en raison du litige qui oppose l’administration et les propriétaires de terrains privés à usage de camping estival; c’est aussi probablement ce qui explique la fragilité des clôtures, quand elles existent: les propriétaires hésitent à investir dans la construction de murettes ou la plantation de haies, tant qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir conserver leur terrain. Cette ouverture quasi générale des terres (peut-être provisoire) peut faire espérer qu’il y ait peu de taxons omis dans la liste qui suit. Etablir l’inventaire de la végétation présente sur un territoire aussi bien défini qu’une île est satisfaisant pour l’esprit: alors que les limites d’une division administrative sont souvent arbitraires, ici elles sont naturelles. Et la végétation de l’île dans son ensemble présente un caractère relativement homogène, si bien que, après avoir parcouru pendant quelques années cet espace plutôt restreint, on s’habitue à reconnaître une bonne partie des espèces à l’état végétatif. Situé dans le temps de façon précise (le début des années 90), cet inventaire constitue donc une sorte de cliché instantané de la végétation rhétaise. Il s’agit d’établir un “état des lieux” juste après l’ouverture du pont (mai 1988) qui rattache l’île au continent. Mais cet inventaire, strictement délimité dans le temps, ne peut offrir qu’un aspect figé d’un milieu en pleine évolution: ce ne sont que quelques mots inscrits dans le sable humide: ils seront bientôt recouverts par d’autres grains de sable apportés par le vent, ou recouverts par la vague. La végétation, qui trouve en peu de lieux un état d’équilibre durable, ne peut espérer l’atteindre ici: elle ne cesse d’élaborer des stratégies face aux attaques humaines qu’elle subit; elle ne cesse de panser ses plaies, se réinstallant sous une autre forme quand elle semblait avoir été éliminée. Publier un travail de ce genre, c’est donc introduire du discontinu dans du continu: c’est interrompre artificiellement le cours d’un processus évolutif double: l’acquisition des connaissances tend à se ralentir, et pour cette raison même provoque la décision de mettre un terme à la recherche en publiant; les modifications subies par le couvert végétal de l’île au contraire s’accélèrent, et, comme on peut le deviner, il s’agit presque toujours d’un appauvrissement: la friche sur laquelle j’ai découvert, au printemps 1991, une belle population d’Avellinia michelii, au mois d’octobre suivant, avait été clôturée; une pancarte indiquait “A vendre”, avec l’adresse d’une agence immobilière ; on pouvait prévoir, dès lors, que la frêle graminée ne subsisterait pas longtemps! Heureusement, elle s’est maintenue en plusieurs points du voisinage; il n’en va pas de même de la petite station d’Asphodelus flstulosus découverte aux Portes par J. TERRISSE le 29 mai 1991 ; dès l’année suivante, elle disparaissait sous les matériaux destinés à la construction d’une maison. Lasalle de spectacles intercommunale édifiée sur l’emplacement du terrain de sports de la Couardea recouvertla station de Crassula tillaea la plus abondante de l’île. On pourrait multiplier les exemples : il y a évidemment un décalage énorme entre les préoccupations du botaniste, toujours soucieux de préserver les espèces rares ou spectaculaires, et les intérêts des promoteurs, et même l’état d’esprit du public en général. En octobre 1991, j’ai vu, aux Ensemberts, l’un des rares pieds de Pancratium maritimum qui avait été arraché récemment puis laissé sur place; la partie souterraine de la tige était fendue en biais. Sans doute l’auteur du délit n’avait pu atteindre le bulbe, enfoncé profondément dans le sable… ou encore peut-être avait-il cru d’abord qu’il s’agissait, malgré la saison, d’un “poireau des vignes” !

 

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